166 000 euros pour une feuille de papier lithographiée il y a plus d’un siècle : ce n’est pas un fantasme de collectionneur, mais la réalité d’un marché où le passé s’arrache parfois à prix d’or. Pourtant, détenir ou partager une affiche ancienne n’est jamais un geste anodin. Les textes de loi, les usages des musées et une poignée de subtilités juridiques viennent régulièrement brouiller la donne. Derrière la beauté d’un visuel, le terrain reste miné pour qui rêve de collectionner, d’exposer ou de reproduire ces témoins graphiques d’une autre époque.
Collectionner des affiches : passion, histoire et idées reçues
L’envie d’affiches anciennes, c’est le plaisir de l’œil doublé d’un goût pour l’histoire vraie. Bien plus qu’un élément de décoration, l’affiche raconte une époque, un courant, une société bouillonnante de mouvements et de contradictions. Quand on a devant soi une œuvre de Chéret, de Cappiello ou de Toulouse-Lautrec, on perçoit la tension entre audace artistique et signature d’un temps révolu. La Belle Époque, les années 50, ou le modernisme d’après-guerre dialoguent à travers chaque feuille affichée.
Ici, la France brille d’une lumière particulière : Paris reste le terrain de jeu favori des collectionneurs. Les plus grands noms, Ader, Drouot, se partagent le spectacle lors de ventes où les adjudications dépassent parfois toute mesure. En 2022, une « Goulue » de Toulouse-Lautrec a trouvé preneur à 166 000 euros. Bien plus qu’un record, c’est la promesse d’avoir un fragment d’histoire sur son mur. Du côté des galeries spécialisées, l’offre ne désemplit pas : Documents, Galerie 1 2 3, autant d’adresses où dénicher parmi des milliers de modèles, des œuvres signées Bernard Villemot, René Gruau, ou Jan Toorop, dont les chromolithographies se négocient à prix fort.
Sur le marché, tous les exemplaires ne se valent pas. Quelques critères clés guident la hiérarchie : qualité graphique, rareté, état, signature. L’original lithographié, entoilé avec des marges immaculées et des couleurs qui résistent au temps, s’arroge les sommets. A contrario, une restauration grossière ou des déchirures visibles peuvent écraser la cote, quelle que soit la signature.
Autour de cette passion gravite un microcosme d’experts, commissaires-priseurs, amateurs aguerris. Paris concentre cette effervescence : ventes dédiées, événements d’expertise, chaque rencontre offre une chance de croiser une pièce rare ou de glaner un conseil éloquent, que l’on débute ou que l’on affine une collection.
Quels droits pour quelles œuvres ? Comprendre le casse-tête du droit d’auteur et du domaine public
La collection d’affiches croise vite le dédale du droit d’auteur. Le statut de chaque œuvre varie selon bien des paramètres. En théorie, en France, une création tombe dans le domaine public 70 ans après le décès de son auteur. Jules Chéret, disparu en 1932, a donc légué à tous l’accès à ses affiches depuis 2002. Toulouse-Lautrec, Cappiello : même chronologie, sauf rares exceptions dues à des rééditions ou modifications ultérieures.
Là où les choses se corsent, c’est sur les rééditions. Rarement, une affiche n’existe qu’en une seule version. L’originale, la réédition d’époque, la reproduction numérique récente : chaque déclinaison possède son propre régime. Seule l’œuvre initiale et datée entre effectivement dans le domaine public. Les réimpressions récentes, même soignées, restent sous la protection des ayants droit du graphiste ou de l’éditeur à l’origine de la nouvelle édition.
Le code de la propriété intellectuelle encadre strictement les usages. Publier, commercialiser, exposer hors du cadre familial ou privé exige l’accord du détenteur des droits. Une utilisation non autorisée, même involontaire, expose à la contestation. Certains optent pour des banques d’images payantes ou gratuites, mais la vigilance s’impose, surtout si l’auteur de l’œuvre originale n’est pas formellement identifié.
Voici les grandes catégories qui régissent l’utilisation des affiches :
- Ceux qui relèvent du domaine public : libre circulation garantie.
- Ceux qui restent protégés et nécessitent une démarche d’autorisation.
- Les reproductions récentes, liées à des droits nouveaux.
Repérer ces catégories, c’est parfois mener l’enquête. Il faut démêler la date exacte de production, l’identité de l’auteur, ou vérifier l’existence d’une version postérieure. C’est la subtilité qui fait la richesse, ou la complexité, du métier de collectionneur.
Des ressources pour aller plus loin : explorer la photographie, l’art et leurs usages libres
L’affiche fascine car elle conjugue le bonheur de l’art avec la curiosité de la découverte visuelle. Depuis l’essor du numérique, cet univers s’est élargi : les plateformes d’archives, les bases d’images anciennes ou contemporaines, sont de véritables mines où repérer autant une lithographie signée qu’une photographie librement utilisable.
Pour progresser et enrichir son regard, les ventes aux enchères demeurent des rendez-vous majeurs. Ader, Drouot, Millon, Good programment régulièrement des sessions thématiques, dédiées à une époque, un style ou un créateur. Les galeries passionnées, comme Documents ou la Galerie 1 2 3, proposent de découvrir non seulement des œuvres restaurées avec soin, leur histoire technique (litho, sérigraphie), mais aussi des conseils sur le choix, la conservation ou l’authenticité.
Nombreux sont ceux qui cherchent à exploiter ou publier des œuvres en toute sérénité. Les moteurs de recherche avec filtres sur les licences creative commons facilitent la tâche pour dénicher des photographies ou illustrations utilisables légalement, sous réserve de respecter les conditions précisées par chaque auteur. Google Images et diverses banques gratuites offrent ainsi un accès rapide à une large diversité visuelle, que ce soit pour une publication ou un projet professionnel.
Enfin, pour valider une pièce ou obtenir un avis, certaines initiatives rendent le contact facile avec des experts. À Strasbourg, Argo organise des journées d’expertise gratuites où des professionnels aguerris, à l’image de Quentin Breda ou François-Xavier Poncet, répondent aux collectionneurs. D’autres lieux, tels la Galerie 1 2 3 ou The Vintage Postershop de Frédéric Lozada, déroulent devant les yeux du public des milliers d’affiches et d’objets publicitaires. Derrière une vitrine ou lors d’une vente spéciale, la prochaine trouvaille attend que quelqu’un, enfin, s’y attarde et la fasse sienne.


