On tombe sur une assiette de Moustiers dans un catalogue de vente aux enchères, le décor semble fin, l’émail brille sur la photo. Avant d’enchérir, encore faut-il savoir lire la pièce au-delà de l’image. Entre deux assiettes en apparence similaires, l’écart d’adjudication peut aller du simple au décuple. Ce qui fait la différence tient à une poignée de critères concrets, vérifiables avant même de lever la main en salle.
Émail stannifère et sonorité : les premiers indices physiques d’une assiette Moustiers
Quand on examine une assiette de Moustiers en personne, le premier réflexe à adopter concerne l’émail. Sur les productions authentiques du XVIIIe siècle, l’émail stannifère est blanc, crémeux et très brillant. Il se distingue nettement des émaux plus secs ou grisâtres que l’on trouve sur les imitations ou les productions tardives.
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Un détail que les catalogues de vente mentionnent rarement : au revers des assiettes et plats de Moustiers, on observe souvent un bourrelet d’émail en bordure de l’aile. Ce surplus de matière résulte du geste de l’émailleur et constitue un marqueur de fabrication propre à Moustiers.
La sonorité de la pièce reste un test de terrain efficace. Une faïence de Moustiers en bon état émet un son clair et prolongé quand on la tapote du doigt. Un son mat ou court signale généralement une fêlure invisible ou une restauration masquée. En salle des ventes, cette vérification prend quelques secondes lors de l’exposition préalable et peut éviter une mauvaise adjudication.
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Décor et manufacture : identifier l’atelier sur une assiette de Moustiers
Les formes de Moustiers sont spécifiques à chaque manufacture. Au XVIIIe siècle, les moules restaient jalousement conservés dans les ateliers, même si les décorateurs se déplaçaient d’un centre à l’autre. C’est donc la combinaison forme-décor qui permet d’attribuer une pièce à un atelier précis.
Les manufactures qui font monter les enchères
On distingue plusieurs grands noms, et tous n’ont pas le même impact sur le prix en salle des ventes :
- Pierre Clérissy, fondateur du premier atelier en 1679, dont les pièces en camaïeu bleu à décor de scènes mythologiques ou de motifs Bérain atteignent les estimations les plus élevées
- Les Olérys-Laugier, qui introduisent le décor polychrome à partir de 1738 et dont les assiettes à motifs de grotesques ou de chinoiseries restent très recherchées
- Les Fouque et Pelloquin, reconnus pour leur créativité, mais dont les pièces se négocient souvent à un palier inférieur aux deux premiers
Chaque atelier possède des signatures, marques ou détails stylistiques identifiables. Sur une assiette, la présence d’une marque lisible au revers change la donne : une attribution certaine à un atelier majeur peut doubler l’estimation.
Décors à surveiller dans le catalogue
Les décors Bérain (arabesques, rinceaux, personnages mythologiques) sur fond blanc en camaïeu bleu correspondent à la première période de Moustiers et attirent les enchérisseurs les plus engagés. Les décors polychromes Olérys, avec leurs fonds jaunes ou verts, séduisent un public différent, souvent plus décoratif.
Les bordures comptent aussi. Une bordure complexe, finement peinte, avec des motifs cohérents sur toute la circonférence de l’assiette, indique un travail soigné. On croise régulièrement dans les lots des assiettes au décor central correct mais dont la bordure trahit une exécution rapide ou un atelier secondaire.
État de conservation et restaurations : ce qui fait chuter le prix d’un lot
En salle des ventes, l’état de conservation pèse autant que le décor dans le prix final. Une assiette Moustiers à décor Bérain avec deux éclats et une fêlure peut se vendre à une fraction du prix d’une pièce similaire en état quasi parfait.
Les points à vérifier lors de l’exposition avant vente :
- Les éclats sur le marli (bord de l’aile), les plus fréquents et les plus visibles, qui font systématiquement baisser l’adjudication
- Les restaurations anciennes, parfois bien faites mais détectables sous lumière UV, que les maisons de ventes signalent normalement au catalogue avec la mention « accidents et restaurations »
- L’usure de l’émail au centre de l’assiette, signe d’un usage prolongé, qui n’empêche pas la vente mais oriente le prix vers le bas
- Les fêlures traversantes, rédhibitoires pour la plupart des enchérisseurs sérieux
Un point sur lequel les retours varient : certains acheteurs acceptent de légères usures sur des pièces du XVIIe siècle, considérant qu’un état trop parfait peut justement interroger sur l’authenticité. Sur des assiettes du XVIIIe tardif, la tolérance est moindre car l’offre reste plus abondante.

Provenance documentée et traçabilité : l’argument qui change l’estimation
Les articles généralistes mentionnent la provenance comme critère, mais sans expliquer à quel point elle modifie concrètement l’adjudication. Dans les catalogues de ventes spécialisées faïence et arts du feu, une provenance précisément documentée peut faire grimper le prix bien au-delà de l’estimation haute.
Concrètement, une assiette Moustiers accompagnée d’un historique vérifiable (ancienne collection nommée, publication dans un ouvrage de référence, passage dans une vente antérieure identifiée) rassure l’enchérisseur. Elle réduit le risque d’attribution douteuse et facilite la revente ultérieure.
À l’inverse, un lot présenté sans aucune indication de provenance, même avec un beau décor, suscite la prudence. On constate que les pièces issues de collections privées anciennes mises en vente se raréfient, ce qui renforce mécaniquement la prime accordée à celles qui disposent d’une traçabilité solide.
Tendance du marché aux enchères pour la faïence de Moustiers
Depuis quelques années, les belles assiettes XVIIIe de Moustiers en état remarquable connaissent une reprise sensible de leurs prix d’adjudication, alors que le segment des pièces moyennes reste stable. Deux facteurs alimentent ce mouvement : la raréfaction des lots de provenance privée importante et le retour d’acheteurs internationaux sur les ventes spécialisées, souvent via les enchères en ligne.
Le marché récompense aujourd’hui la rareté et la qualité documentée, pas le volume. Mieux vaut cibler un lot unique bien décrit au catalogue qu’accumuler des assiettes sans attribution précise. Avant d’enchérir, on gagne toujours à examiner la pièce en main lors de l’exposition, vérifier l’émail au revers, tester la sonorité et lire attentivement les mentions d’état. Ce sont ces gestes simples qui séparent l’achat réfléchi du regret après adjudication.

